Rencontre avec Emilie Mazeau-Langlais, une designer et créative spécialiste du carton !

Il y a quelques jours, nous avons eu le plaisir de découvrir le travail d’ Emilie Mazeau-Langlais. Cette designer s’est fait une spécialité du travail du carton qu’elle associe à de la toile de Jouy dans sa « série 2019 ». Dans ce projet très grinçant, l’artiste détourne les scènes habituellement brodées sur ce support centenaire en y ajoutant une touche contemporaine, un détail coloré qui saute aux yeux, comme pour nous alerter sur nos propres modes de vies et dérives. La designer, qui n’est pas en carton, nous fait le plaisir de nous parler d’elle et de son projet. Interview :

Pourriez-vous vous présenter ?
Je suis Emilie Mazeau-Langlais, j’ai 46 ans. J’aime lire. Je suis curieuse et passionnée. Je suis très exigeante et perfectionniste. Je suis pédagogue et surtout, j’adore mon travail. Voilà !

Avez-vous suivi une formation artistique ?
Plein. J’étais une enfant qu’il fallait occuper : J’ai fait de la danse classique, longtemps. Du solfège, j’ai fait de la harpe. J’étais douée mais je détestais cet instrument. A l’adolescence, j’ai commencé le théâtre au conservatoire. Je suis devenue comédienne. Parallèlement je bricolais beaucoup : enduit, peinture, couture, ciment, tricot, placo, électricité, mécanique auto… Je n’ai pas fait d’école spécialisée, mais j’ai constamment besoin d’inventer.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le carton ?
Sa profusion. Sa mauvaise image. Sa symbolique du déchet. Au bout de 12 ans d’activité je découvre encore des propriétés et des particularités à ce matériau.

Série 2019 : « Gilet jaune »

Dans votre dernier projet, la série 2019, vous utilisez votre matériau phare pour encadrer des toiles de Jouy. Comment vous est venue cette idée ?
Lorsque j’étais enfant, j’ai dormi une nuit dans une chambre d’hôtel dont les murs étaient recouverts de toile de Jouy. La chambre aux histoires. Impossible de fermer l’œil avec tous ces personnages qui avaient tant de choses à raconter, d’histoires de vies à partager… Le monde paysan y était décrit. Ils semblaient tous tellement heureux, satisfaits de leur sort, légers !? Rien à voir avec les informations transmises, sur la condition paysanne, pendant les cours d’histoire ! A l’évidence, la société des privilégiés, avait une vision quelque peu idéalisée et obsolète de la réalité… Et aujourd’hui ? Apparemment ils ont à dire…

Série 2019: « Picnic »

On sent une profonde envie de créer un décalage dans votre série, est-ce une envie de moderniser la toile de Jouy, de la remettre au goût du jour ?
Petit rappel historique : La toile de Jouy est créée dans les ateliers de la manufacture en 1760 par Christophe-Philippe Oberkampf dans la commune de Jouy-en-Josas. Cette manufacture devient rapidement l’une des plus importantes du XVIII ème siècle et a laissé son nom dans l’histoire de l’art décoratif. Elle représente des motifs à personnages, des scènes galantes tirées des romans à la mode, des jeux d’enfants, des animaux. A la fin du XVIII ème, des scènes contemporaines apparaissent sur les toiles…

Série 2019: « La Colleuse »

Je fais une analogie entre cette société de privilégiés du XVIIIème, et sa vision du peuple, avec notre société actuelle. Cet instant avant la bascule, la révolte ! On se souvient souvent du drame et assez peu du moment juste avant, où tout semblait aller bien, pour le mieux… ?! Dans le registre, j’aime beaucoup le travail de Gabriela Manzoni et ses comics retournés ainsi que le travail de Blase, peintre hacker.

Série 2019 : « Rouen »

Et ce projet, que nous pouvons découvrir sur votre compte Facebook, où en est-il ? Comptez-vous le faire grandir ?
Je mets régulièrement des infos sur ma page pro Facebook, et mon compte Instagram ! Je n’ai pas de projets. Je ne calcule rien. Je fais quand je le sens… Peut-être ? Sûrement ? La certitude c’est que je continuerai d’être révoltée et que mon travail ira toujours dans ce sens !

Série 2019 : « Fashion week »

Pour finir, y a-t-il un livre, site, film, artiste que vous avez découvert récemment et que vous souhaiteriez partager avec nos lecteurs ?
Il y en a beaucoup, je n’avais pas lu Céline jusque là et j’avoue que « Voyage au bout de la nuit » a été une révélation. Je suis fascinée par la description de cette « médiocre tranquillité ».
Je ne peux que vous conseiller de rendre visite au travail de Nadège Mouyssinat, céramiste. Une merveille intersidérale !  Il y a aussi « Une affaire de famille » d’Hirokazu Kore-Eda. Enfin, Jean-Luc Verna, l’Homme Œuvre, me touche beaucoup.

Série 2019 : « Notre Dame »

Inspirations Graphique tient à remercier chaleureusement Emilie Mazeau-Langlais pour se gentillesse et sa disponibilité !

 

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